Les finances de Bitche dans le rouge : la chambre régionale des comptes lance un audit de 4 semaines
Les comptes de la ville de Bitche sont dans le rouge. A son arrivée, la municipalité a découvert une situation financière très critique et doit aujourd'hui prendre des mesures radicales pour inverser la tendance. On en parlait ce matin dans le Grand Réveil avec notre invitée.
Son N°1 - Les finances de Bitche dans le rouge : la chambre régionale des comptes lance un audit de 4 semaines
Sophie Pastor - maire de Bitche
Aujourd'hui, quelle est la situation ? A combien s'élève la dette de Bitche ?
Les factures, elles sont à plus de 1,2 million d'euros, mais on est endetté, on a des vides de trésorerie et je pense qu'on peut compter à environ 2 millions d'euros qui sont dehors et que nous n'avons pas les moyens de régler actuellement. Et donc c'est effectivement un bien triste héritage qu'on a reçu à notre arrivée le 20 mars dernier.
Le préfet a officiellement saisi la chambre régionale des comptes. Un contrôle budgétaire de 4 semaines commence. Alors concrètement, qu'est-ce que ça veut dire pour la ville ?
Fin avril, toutes les communes ont dû déposer un budget. Donc on a déposé le nôtre et les dettes étaient supérieures à nos ressources. C'est-à-dire que ce qu'on dépensait, c'était supérieur à ce qu'on rentrait. Et donc, le préfet a exigé un contrôle des comptes. Et ça commence aujourd'hui, ce sera pour un mois. Et donc ils vont aller voir dans le détail où sont les nœuds, pourquoi on en est arrivé là, comment ça s'est passé et surtout trouver des solutions.
En attendant, le budget est gelé ?
Alors effectivement, c'est complètement gelé. Et donc l'idée, c'est d'aller chercher à définir ensemble le minimum indispensable. Parce que là, on ne peut plus continuer à fonctionner comme ça. Il va falloir aller chercher ce qu'on peut enlever en gardant tout ce qui est l'essentiel : les salaires de nos agents les écoles, les lieux de soins. Et ça sera le minimum indispensable et voir, après, qu'elle sera à la marge de manœuvre, comment est-ce qu'on peut redresser la situation de la ville. Aller au strict minimum.
Sophie Pastor, quand vous vous êtes présentée, quand vous avez été élue maire de Bitche, vous ignoriez cette situation ?
On n'ignorait pas, mais on ne pensait pas qu'elle était à ce point-là. L'image n'était pas parfaitement réaliste du départ. On avait des idées, des ambitions, mais on savait qu'il y aurait des difficultés. Mais on ne pensait pas qu'elle serait à ce point-là , effectivement.
Et justement, vous, est-ce qu'en tant que nouvelle maire, ça vous met dans une situation compliquée ? Est-ce que vous avez peur que ça remette en cause vos promesses de campagne ?
Non, parce qu'en fait, justement, la promesse était de ne rien promettre parce qu'effectivement, on savait déjà que ce serait compliqué. Mais c'est vrai que, j'insiste, on ne se pensait pas à ce point-là. Donc, on se projetait. Évidemment, on n'ira pas sur ce qu'on imaginait, mais on va faire de notre mieux. Et puis, ça fait partie de l'engagement de faire avec ce qu'on a, effectivement, pour retrouver un équilibre financier pour la collectivité.
Alors, justement, aujourd'hui, est-ce qu'il y a déjà des pistes pour retrouver cet équilibre financier ? Est-ce qu'il y a déjà soit des projets qui vont être arrêtés, soit des choses qui vont être faites différemment ?
Pour l'instant, non, pas du tout, parce qu'on est vraiment au début de l'étude. On va faire ce qu'on appelle un audit financier. Donc, on va aller explorer toutes les sphères financières de la commune. Mais on a dans un coin de la tête, on sait qu'il y a peut-être des manifestations qui vont devoir être annulées ou revues à la baisse. On est vraiment au tout début. Aujourd'hui, ce sera le premier jour du contrôle. Ça va durer un mois. Et pendant ce mois-ci, on verra quelle sera notre marge de manœuvre et quelque part, on se dit, ça va nous pousser à retrouver une forme de solidarité collective. On va devoir chercher auprès des habitants, des associations, des commerçants. D'autres ressources qu'on n'aurait peut-être pas imaginées en devant justement affronter tout ça.

Donc ça veut dire travailler avec d'autres partenaires que uniquement la ville qui finance ?
Non, ça veut dire que sur nos événements, par exemple, on n'aura plus effectivement les moyens d'aller, jusque là où on voulait aller. Et donc, il va falloir sortir l'huile de coude. Il va falloir repenser différemment, réimaginer le vivre ensemble dans notre commune. Voilà, c'est ça que ça veut dire.
Et au niveau des projets, par exemple, on sait que sous l'ancienne municipalité, il y avait eu ces gros travaux du centre-bourg qui avaient été lancés, qui ne sont pas terminés. Est-ce que ça s'arrête ?
En fait, c'est ça qui nous a étonnés. C'est qu'effectivement, les travaux que vous citez au centre-bourg étaient engagés 15 jours avant les élections, il y a les travaux du stade qui ont été engagés. Donc, le centre-bourg, c'était 1,4 million. Le stade, c'était plus d'un million aussi. Donc, en fait, on a engagé, puis engagé, puis engagé des travaux sans avoir l'argent en face. Et c'est ça en fait, mettre sa collectivité en danger. Et c'est ce qui fait qu'on en est là aujourd'hui. Donc, nous, effectivement, ça fait trois ans qu'on est en réseau d'alerte sur Bitche. Ça veut dire que ça fait trois ans qu'on n'aurait pas dû investir. C'est comme dans un foyer, quand on est en surendettement, on ne va pas encore aller faire des prêts. On ne va pas encore aller investir parce qu'on n'en a pas l'argent. Donc là, ça fait trois ans que l'État alerte sur cette situation et ça fait trois ans qu'on met des œillères et qu'on n'écoute pas. Et donc, on en est là aujourd'hui.


