Catastrophe au puits Vouters : deux anciens mineurs se remémorent le 30 septembre 1976
Il y a 50 ans, le 30 septembre 1976, 16 mineurs perdaient la vie dans un terrible accident au puits Vouters. À cette époque, le siège de Merlebach comptait 4 000 mineurs, en faisant l’un des sites miniers les plus importants d’Europe. Alors qu’une journée de commémoration est prévue sur place aujourd’hui, mercredi 30 septembre 2026, nous nous sommes entretenus avec deux anciens mineurs.
Son N°1 - Catastrophe au puits Vouters : deux anciens mineurs se remémorent le 30 septembre 1976
Devant la stèle où sont gravés les noms des 16 disparus il y a 50 ans, Armand Karas se remémore la journée du 30 septembre 1976.
Je me suis levé vers 13h. J’étais en train de boire le café et mon frère, qui travaillait aussi à Vouters, qui était sauveteur, vient chez moi et il me dit « Armand, il y a le feu à Vouters ce soir, il faut venir au poste 3 ».
Dans le ciel, de la fumée s’échappe de la mine et tous les habitants savent qu’un incendie est mauvais signe. Le feu s’est déclaré au pied d’une cheminée de retour d’air à l’étage 1036. Face à cette situation d’urgence, la décision est prise de remblayer le chantier avec un mélange de sable et d’eau. Pour réaliser cette opération, des sauveteurs du Poste Central de Secours sont appelés, renforcés par des mineurs du siège. C’est au cours de cette opération menée dans l’après-midi que l’accident survint. À 18h30, une terrible explosion se produit, foudroyant les 16 hommes présents dans la taille. Avant de partir en poste de nuit, l’agent de maîtrise écoute les informations et c’est là qu’il apprend le drame.
Ils ont arrêté les informations pour une urgence. C’était Patrick Poivre d'Arvor qui était journaliste qui a dit « Catastrophe à Vouters ». Je me suis levé, je suis allé chez mon voisin et on est parti tout de suite.

Sur place, la décision est prise de fermer le secteur pour étouffer l’incendie, en laissant les corps des victimes.
C’était le moment le plus dur, parce que quand il y avait un accident aux Houillères, que ce soit un blessé ou un tué, on ne le laissait jamais, on allait toujours le chercher.
Daniel Voriot était ingénieur essais. Il a été appelé en renfort trois jours après le drame.
Nous on était à la DG, on ne savait pas tout. Tous les ingénieurs étaient sauveteurs par principe. J’avais donc une équipe et aucun n’a refusé d’y aller. J’ai mon équipe, ils étaient tous derrière moi et tout le monde y allait.
Malgré la difficulté de la mission et la peur de ne pas remonter.
Ceux qui disent qu’ils n’ont pas eu peur là-bas, je n’y crois pas. On allait très vite. On avait des marteaux en bronze pour ne pas faire d’étincelles, parce qu’il y avait des coups de grisou. Vous étiez derrière le barrage et vous entendiez que ça pétait et le barrage vibrait. Ce n’était pas de la rigolade.
Quatre semaines ont été nécessaires pour venir à bout de l’incendie. Des murs en béton ont été montés à plus de 1000m sous terre pour étouffer l’incendie en privant le feu d’oxygène.
Pour la petite histoire, le dernier poste qu’on a fait, on est arrivés à la salle Vouters et il y avait une table avec du hachis, des harengs, du champagne, etc. Là, c’est un trou dans ma vie. Je me suis retrouvé le matin au lit je ne sais pas comment et personne n’a cafté !
Après ça, l’exploitation a repris jusqu’en septembre 2003 où la dernière berline de charbon fut remontée. Ce mercredi, une messe solennelle est célébrée à 10h en l’église de la Nativité de Merlebach, suivie d’un dépôt de gerbes devant la stèle de Vouters.



