Épisode du lundi 28 septembre 2026 à 09:45
Au 19ème siècle et jusqu’en 1939, des femmes, pour gagner leur pain, portaient tous les jours, les gamelles aux ouvriers d’usine qui travaillaient en ville.
À Sarreguemines, les « porteuses de gamelles » désignaient ces femmes ou jeunes filles de la campagne environnante qui apportaient le repas chaud à midi aux ouvriers des usine et de la grande manufacture de faïence, incarnant le lien quotidien entre le travail à l'usine et la vie rurale au XIXe siècle.
Elles unissaient la terre et l'industrie. Ce va-et-vient rythmait les journées de travail de la fin du XIXe siècle jusqu'au XXe siècle.
À cette époque, la gamelle était un petit récipient cylindrique, souvent émaillé, avec anse et couvercle. Il ne fallait pas oublier le morceau d’étoffe entre le couvercle et le pot pour éviter le suintement en cours de route. La cuillère et la fourchette, bien enveloppées dans du papier, étaient fixées autour de la gamelle avec un élastique. On réchauffait la gamelle directement sur place pour manger à l'atelier.
Le mari avait déjà emporté le matin, le couteau et le pain pour le casse-croûte.
La gamelle arrivait donc à la dernière minute chez la porteuse.
En toute hâte, elle chargeait les gamelles dans sa charrette en osier, suivant les destinations, les dernières en bas, une planche par-dessus, les premières en haut, et le tout recouvert d’une toile cirée. Il y avait aussi des gamelles bien rangées dans un petit panier à couvercle ou un petit coffret en bois, pour ceux qui avaient un repas complet.
Venant souvent des petits villages environnants du bord de Sarre, elles faisaient route commune.
Drapées dans un petit châle étriqué, épinglé sur la poitrine, la tête enveloppée d’un linge blanc, parfois surmonté d’un bonnet, un tablier de protection en drap bleu noué autour de la taille, penchées sur leur charrette, elles prenaient la route pour la ville par tous les temps, souvent trempées jusqu’aux os.
La 1ère étape était la fabrique de soie (Siedfabrick), rue de Steinbach, puis « Utzschneider-Jaunez » (fabrique de carrelage), puis Haffner (coffre-fort), enfin les faïenceries, etc…
La distribution faite et pour ne pas rentrer à vide, puisque les ouvriers ramenaient eux-mêmes leurs gamelles le soir, elles faisaient encore quelques courses (semence, bobine de fil…)
À cette époque, la charrette en osier était déjà un progrès, on pouvait charger davantage. Car auparavant, elles portaient leur grand panier rempli de gamelles sur la tête, à l’aide d’un petit coussin rond.
Après la 2ème guerre mondiale, les porteuses de gamelles avaient disparu et avec elles, ce corps de métier.
Chronique réalisée par Arlette, historienne de formation et guide touristique.

