Dans les coulisses du métier de Géomètre-Expert

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Dans les coulisses du métier de Géomètre-Expert

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Épisode du jeudi 15 octobre 2026 à 11:10

Julien Gingembre est géomètre expert dans l'entreprise familliale Gingembre basée à Sarreguemines. 

 

Est-ce que vous pouvez nous expliquer quelles sont les grandes missions d'un géomètre-expert ?

Pour faire simple, on peut séparer le métier en deux grands pôles.

D'abord, il y a le côté « expert de la mesure ». Là, on va effectuer des auscultations d'ouvrages, des implantations de maisons, des relevés divers… C'est vraiment la partie purement technique et métrique.

Ensuite, ce qui nous différencie du géomètre-topographe, c'est toute la partie foncière, c'est-à-dire tout ce qui touche à la propriété. Dans ce cadre, on est amené à faire des rétablissements de limites, des arpentages (des découpages de parcelles), de la mise en copropriété ou des esquisses en volume.

En gros, à chaque fois que vous voulez découper ou modifier votre propriété, il faut faire appel, la plupart du temps, à un géomètre-expert. Et en plus de ça, il y a un troisième aspect : la partie urbanisme, notamment lorsqu'un lotissement est créé.

 

Dans quelles situations est-on obligés de faire appel à vous ?

Typiquement, si vous voulez découper un bout de votre terrain, vous n'avez pas le choix : il faut obligatoirement passer par un géomètre-expert. Votre notaire, de toute façon, vous enverra directement chez nous.

Donc dès que vous voulez modifier une propriété — que ce soit un terrain classique ou un échange de lots de copropriété —, la loi impose notre intervention.

 

Sur quel type de lieux pouvez-vous être amené à travailler ?

Partout ! Partout où vous avez besoin de nous. Que ce soit au fin fond du Pays de Bitche, dans une vallée perdue, jusqu'au centre-ville de Sarreguemines, il n'y a aucun souci, nous intervenons absolument partout.

 

Quel niveau de précision pouvez-vous atteindre dans vos mesures ?

Au quotidien, nous mesurons sans problème au centimètre près. C'est devenu assez facile avec les nouvelles technologies.

Plus vous demandez de la précision, plus cela nous prend du temps et nécessite du matériel spécifique, qui coûte très cher à l'achat et à l'entretien. Mais nous pouvons descendre assez facilement au dixième de millimètre en altimétrie, et atteindre le millimètre sans trop de problème.

En dessous du millimètre, on change de métier : on passe dans la métrologie, et ça, ce n'est plus notre domaine.

 

Vous travaillez au sein du cabinet Gingembre, une entreprise familiale. Vous exercez depuis quelques années déjà : comment avez-vous vu le métier évoluer ?

J'ai vu la phase la plus exponentielle, mais la génération avant moi — et celle de mon père encore plus — a connu une révolution totale.

Il faut savoir qu'il y a 40 ou 50 ans, il n'y avait pas de mesure laser, pas d'électronique, rien. Tout se faisait à la main. Au mieux, ils avaient un tachéomètre pour mesurer des angles.

Aujourd'hui, on vient chez vous avec un GPS, on allume une machine connectée à des satellites situés à des milliers de kilomètres, et on retrouve une borne en marchant. Ça a été une révolution immense, tout comme l'informatique en général.

Maintenant, on utilise des drones et des scanners 3D. Pour vous donner un exemple concret : ce qu'un scanner 3D mesure en 30 secondes en nombre de points, un technicien géomètre avec une station robotisée ne le ferait pas en une vie entière ! Cela a grandement aidé la profession en augmentant la productivité. L'inconvénient, c'est que pour réaliser le même travail, on a besoin de beaucoup moins de personnel.

 

D'un point de vue plus technique, Julien, comment retrouve-t-on la limite d'un terrain lorsqu'il n'y a plus aucune borne ?

Il ne faut pas s'inquiéter, c'est très fréquent qu'elles disparaissent ou qu'elles soient recouvertes au fil des années.

Notre juge de paix, c'est toujours la documentation cadastrale. Si la limite de votre terrain a été définie auparavant — que ce soit par la rénovation cadastrale, un arpentage ou un bornage —, nous retrouvons ces documents archivés et centralisés au service du cadastre.

À partir de là, nous reprenons les archives et nous faisons la « généalogie » de votre parcelle. C'est notre base de travail.

 

Votre métier ne se limite donc pas au terrain, vous avez énormément de recherches documentaires à faire ?

Absolument. Et en Alsace-Moselle, nous avons la particularité d'avoir un cadastre spécifique lié au droit local, ce qui nous facilite grandement la tâche.

 

Est-ce qu'il vous arrive de découvrir une maison ou une clôture qui n'est pas du tout au bon endroit ?

Nous le découvrons, mais la plupart du temps, c'est le voisin qui s'en rend compte et qui nous appelle dans tous ses états ! On se retrouve souvent au milieu d'une querelle de voisinage.

 

Les histoires pour quelques centimètres entre voisins, ça existe vraiment ?

Ça existe tous les jours ! Malheureusement. Par expérience, quand les gens sont de bonne foi et qu'il n'y a pas d'animosité particulière, cela se règle à l'amiable. Après, si ça part au judiciaire, c'est une autre histoire...

 

Vous devez également être très à jour sur le plan juridique...

Exactement. Comme je le disais, on a ce côté « expert de la mesure », mais il nous faut aussi un solide bagage juridique. Beaucoup de notions entrent en jeu et cela demande une veille juridique constante, car les lois évoluent.

 

C'est un métier aux multiples facettes !

Complètement. Pas plus tard que ce matin, je travaillais sur l'auscultation d'un ouvrage d'art qui semble bouger. Cet après-midi, j'ai rendez-vous avec une personne qui souhaite découper un terrain. Demain, nous partons sur une expertise judiciaire. Chaque jour est différent.

 

Pour terminer, Julien, est-ce que vous auriez une anecdote un peu insolite à nous partager ?

Celle que j'aime bien raconter s'est passée quand j'étais stagiaire chez mon confrère à Saint-Avold. C'était en plein été, un vendredi matin, et je voulais commencer très tôt pour éviter la grosse chaleur.

Je me suis retrouvé au milieu d'un lotissement à vouloir ouvrir une plaque d'égout qui était coincée. Je tapais comme un sourd avec ma masse sur la plaque. Au bout de cinq minutes, la moitié du lotissement est sortie me tomber dessus : c'était la première semaine des vacances scolaires et j'avais réveillé tous les enfants du quartier parce que les coups de masse résonnaient directement dans leurs toilettes !

https://www.gingembre-geometre-expert.com/ 


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