Épisode du jeudi 1 octobre 2026 à 11:15
Mathias a passé 22 ans au fond de la mine en tant que mineur. Depuis deux ans, il fait revivre son métier et partage sa passion grâce à sa nouvelle activité de guide au Musée de la Mine de Petite-Rosselle.
Pouvez-vous nous présenter votre parcours et nous expliquer comment vous êtes devenu guide au sein du musée de la mine ?
C’est assez simple. J’étais ancien mineur. J’ai travaillé pendant 22 ans au fond de la mine, puis cinq ans à la cokerie de Carling. Ensuite, je suis parti en congé, parce qu’on avait un compte épargne-retraite.
En 2009, je suis parti en préretraite. De 2009 à 2024, j’ai construit une maison, rénové trois maisons et gardé mes petits-enfants. Et puis, en 2024, je n’avais plus vraiment d’occupation. Alors je suis venu au musée de la mine… parce qu’il faut bien passer le temps !
Cela fait donc environ deux ans que vous êtes guide ici ?
Voilà, cela fait environ deux ans que je suis guide. Mais pour faire ce métier, il faut quand même connaître les machines qui sont présentées ici, et surtout avoir la passion. La passion de raconter son métier, de transmettre ce qu’on a vécu.
Vous êtes un ancien mineur, donc vous avez aussi un lien personnel très fort avec ce lieu.
Oui, un lien très, très personnel. J’ai fait mes débuts ici. Mon quartier-école, comme on l’appelait à l’époque, c’était ici, pendant mon apprentissage. J’étais même au Puits Wendel et j’ai grandi ici.
Toute ma vie s’est presque passée ici.
Maintenant que vous êtes à la retraite, qu’est-ce qui vous a donné envie de revenir ici pour transmettre cette passion et parler de votre ancien métier ?
Déjà, c’est la passion qu’on a pour la mine. On aime en parler. J’en parlais déjà avec mes enfants et mes petits-enfants.
J’avais aussi fait deux ou trois visites ici avec des anciens collègues que je connaissais et qui sont guides au musée. Ils m'ont dit qu’ils étaient toujours contents quand quelqu’un venait les rejoindre.
Je m’intéressais à tout ça, alors je me suis dit : « Pourquoi pas ? Je vais essayer. »
Et en quoi consiste le métier de guide aujourd’hui ? Est-ce que vous avez des visites tous les jours ? Comment cela se passe-t-il ?
Pour nous, les anciens mineurs, nous sommes vacataires. On fait environ deux à trois permanences par mois.
Lors de ces permanences, on propose une visite à 11 heures, une autre à 14 h 30 et une dernière à 16 h 15. La visite de la mine dure environ une heure quarante-cinq.
Le musée, c’est différent : il faut compter environ une heure et la visite est libre.
Parfois, on nous sollicite également pour accompagner des groupes scolaires ou pour faire des visites privées.
Au total, cela représente environ 30 heures de visites par mois.
Est-ce que vous adaptez votre visite selon le public, par exemple entre des adultes et des écoliers ?
Oui, il faut s’adapter, parce que le public est très large. Ça va de 5 à 99 ans !
À cinq ans, les enfants comprennent déjà beaucoup de choses, donc il faut forcément adapter son discours et sa manière d’expliquer.
Dernièrement, j’ai même eu un ancien mineur de 94 ans parmi les visiteurs.
Justement, vous qui êtes ancien mineur, qu’aimeriez-vous que les visiteurs retiennent de cette visite et de ce patrimoine ?
Déjà, il faut comprendre que tout ce patrimoine a contribué à relever la France après la guerre. Les gens qui ont travaillé ici ont été très importants.
Les mineurs qui étaient là avant moi en ont vraiment bavé, parce qu’ils n’avaient pas les machines qu’on a connues par la suite.
J’aimerais que les visiteurs retiennent ce que le mineur a fait pour la France. Et pas seulement en Lorraine.
Il y avait aussi les mineurs du Centre-Midi, du Nord-Pas-de-Calais… Tous ces hommes ont fait énormément de choses pour la France.
C’était un métier très dur. Même avec les grosses machines qui sont arrivées par la suite, le travail restait extrêmement physique.
Et je pense que beaucoup de gens ne voient pas la mine comme ça. Pour eux, la mine, c’est encore l’image de Germinal : le gars avec sa pioche et sa pelle.
Mais tout cela a évolué. Le métier a changé, les techniques aussi, et les mineurs ont dû s’adapter aux nouveaux matériels.
Grâce au musée de la mine, ces lieux peuvent encore être visités aujourd’hui. Qu’est-ce qui rend ce site unique, selon vous ? Est-ce que, pour quelqu’un qui a connu le fond de la mine, les installations sont vraiment fidèles à la réalité ?
Oui, c’est très, très fidèle à la réalité.
Le musée a été construit par d’anciens mineurs et par des personnes qui ont connu la mine. Les installations ont été réalisées à l’échelle 1, comme elles étaient réellement au fond.
Les galeries sont comme elles étaient. Les machines qui sont présentées ici ont réellement été utilisées au fond de la mine. Elles ont ensuite été remontées ici par d’anciens collègues qui ont participé à la construction du musée.
Toute l’infrastructure autour est également très fidèle à ce qui existait autrefois.
On a encore les trois chevalements, les deux lavoirs, les ateliers, les salles des machines avec les grands treuils qui permettaient de faire descendre les cages au fond de la mine.
Tout cela rend le lieu vraiment unique.
Le grand carreau de mine représente encore toute l’infrastructure nécessaire au fonctionnement d’une mine.
Pour terminer, avez-vous une petite anecdote à nous raconter, que ce soit en tant que mineur ou en tant que guide ?
Oui, justement en tant que guide.
Comme je le disais tout à l’heure, j’ai récemment eu un ancien mineur de 94 ans parmi les visiteurs. Il n’avait pas connu certaines des machines que nous présentons ici.
Quand il a terminé la visite, il était complètement époustouflé. Il était sidéré de voir tout ça.
Il était tellement content et ému qu’il en avait les larmes aux yeux.


