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Pour l’économiste Raphaël Didier, « un retour à la normale semble peu probable »

Pour l’économiste Raphaël Didier, « un retour à la normale semble peu probable »

La crise du Covid-19 aura-t-elle la peau de notre économie ? Entre les fermetures d’entreprises et les aides financières, qui semblent sans limite, distribuées par l’État, la question de qui paiera la facture se pose. Nous avons tenté de mieux comprendre les conséquences économiques et humaines liées à cette crise avec l’économiste mosellan Raphaël Didier.

Une crise inédite

Si l’économie a, en tout temps, oscillé, pour Raphaël Didier, la crise que nous traversons actuellement est inédite du fait de son origine.

On n’a pas forcément, aujourd’hui, les outils pour répondre conceptuellement à ce type de crise parce qu’on a tendance à dire "il y a l’économie qui baisse", en économie on parlerait alors de récession. Mais en même temps « récession » n’est pas le mot qui correspond à ce qu’il se passe là comme phénomène puisque ce n’est pas un cycle économique qui se retourne, il n’y a pas une crise au sein même de l’économie, il n’y a pas une crise financière. Ce sont les états qui ont décidé, en raison d’un problème sanitaire, de stopper l’activité ou du moins une partie de l’activité. On est face à quelque chose qu’on ne connaît pas et qui nécessite donc de revoir les modèles économiques pour essayer de le comprendre.   

À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. La réponse du gouvernement à la crise sanitaire aurait-elle pu différente pour moins impacter l’économie ?

Les premières mesures étaient les bonnes. Il fallait effectivement, malheureusement, pratiquer un saupoudrage d’argent sous forme de prêts garantis par l’État. Je rappelle que ces prêts garantis par l’État c’est aujourd’hui plus de 120 milliards d’euros avec des entreprises qui n’auront peut-être même pas la possibilité de rembourser si elles font faillites avant. Mais maintenant, quelques mois plus tard, avec ce deuxième confinement, on se rend compte qu’il y a quand même des erreurs qui ont été faites et que, une fois passée l’urgence, on se demande si on n’a pas une possibilité de s’adapter de manière plus efficace à la situation.

Selon l’économiste, cette crise a surtout permis de mettre en avant les failles de notre système.

Quand on feint, de découvrir que l’hôpital n’a plus les moyens d’accueillir tous les malades parce qu’il manque des lits, parce qu’il manque du personnel, parce que tout est déjà sous tension on ne fait que découvrir ce qu’il se passe depuis 10 ans. Ces fameuses politiques qui ont été menées, de réduction des dépenses publiques à l’aveugle où on coupe dans des dépenses en pensant que le but de l’économie est de ramener tous les comptes à l’équilibre, avec pour résultat, que quand il y a une crise on voit tous les trous dans la raquette.

Quelles conséquences pour la population ?

Afin de redresser l’économie, le gouvernement va déployer un Plan de relance exceptionnel de 100 milliards d’euros. Mais d’où sort cet argent et surtout qui paye la facture à la fin ?

Actuellement, c’est la Banque Centrale Européenne, pour l’Europe, qui rachète les dettes publiques et qui, d’une manière indirecte monétise la dette c’est-à-dire crée de la monnaie pour payer les dettes des États, qui eux-mêmes socialisent les pertes des entreprises. On voit bien que c’est un système qui est abracadabrantesque et qui, à un moment ou à un autre, va poser des limites. Il faut un moment imaginer un autre système économique sur des bases plus saines que celui-ci.

Confinement, fermeture des commerces, cette crise économique a évidemment des conséquences sociales et humaines importantes, et les chiffres sont affolants.

Les associations nous parlent de 1 million de personnes en plus accueillies dans les différentes structures qui s’occupent de la pauvreté. On voit des publics qu’on ne connaissait pas. Les auto-entrepreneurs, tous ces gens là qui ont finalement créé une activité et qui ne peuvent pas en vivre, n’ont pas le droit au chômage et vont donc glisser vers le RSA et se retrouvent dans une forme de précarité qui les oblige à aller vers les Restos du Cœur, une soupe populaire etc. Un million de personnes ça me semble effectivement affolant dans un pays qui ne compte que 22 millions de personnes actives.

Concernant le chômage, Raphaël Didier n’est pas beaucoup plus optimiste.

Il ne faut pas oublier que la vraie question c’est la différence entre chômage conjoncturel et structurel. Le chômage conjoncturel c’est le chômage qui est dû à cette baisse d’activité qui, quand l’activité repartira, s’effacera de lui-même. En revanche, le chômage structurel, c’est celui qui ne partira pas. C’est celui qui reste parce que tout simplement l’économie a été touchée dans ses structures et donc il ne pourra pas être effacé aussi facilement à court terme […]. Les prévisions nous donnent un chômage en France qui devrait avoisiner les 11% de la population active en 2021.

Les jeunes sont particulièrement touchés ainsi que les personnes non qualifiées, qui travaillent dans des usines notamment qui risquent d’être à l’arrêt, mais aussi les personnes qualifiées dans un domaine qui n’a plus le vent en poupe comme par exemple le secteur de l’automobile.

Quelles solutions ?

Pour Raphaël Didier, cette politique du « stop and go », qui consiste à arrêter l’économie dès que le taux d’incidence est trop élevé, n’est pas la solution quand on sait qu’il faudra plusieurs années pour éradiquer la maladie. Il faut aujourd’hui revoir notre système économique.

Pour ma part je pense qu’un retour à la normale est peu probable. Je parle en terme économique et sociaux. Je pense que c’est quelque chose qui aujourd’hui est bien compris quand on voit dans quelles conditions dégradées on vit aujourd’hui dans le système économique. Je crois surtout qu’il ne faudrait pas manquer l’occasion, quand on est dans une situation aussi grave, de se poser des questions sur le monde qu’on voudrait avoir. Prenons-le comme une chance unique de nous demander ce que l’on veut. Est-ce qu’on veut vraiment que le monde soit seulement un monde qui fonctionne avec un PIB, de la consommation ? Est-ce que le fin mot de l’histoire c’est la consommation ? Est-ce que le fin mot de l’économie c’est toujours consommer ? Est-ce qu’il n’y a pas autre chose que consommer ? Est-ce qu’il n’y a pas coopérer par exemple ? Est-ce qu’il n’y a pas se coordonner ? Est-ce que la logique du don réciproque pourrait reprendre du poil de la bête ? C’est déjà le cas, beaucoup d’initiatives alternatives le font. On le voit avec les monnaies locales, avec un certain système d’échanges locaux, on le voit aussi avec des systèmes d’entraides où on répare les objets plutôt que de les jeter. Je pense que ces questions-là, sur le monde d’après, font parties intégrantes du travail de l’économiste et de se demander si, au fond, on n’a pas surtout besoin d’un renouvellement de ce qu’est l’État, de son rôle, et peut-être un renouvellement du rôle du politique.

Le retour du troc est-il envisageable dans notre société ? Les GAFA seront-ils les grands gagnants de cette crise économique ? Aujourd’hui il est encore trop tôt pour avoir toutes les réponses. Les conséquences économiques et humaines de cette crise s’étaleront sur plusieurs dizaines d’années.

 

 

Camille Bazin

| mardi 1 décembre 2020 à 04:56 - Mise à jour à 14:20

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