La mobilisation des agriculteurs se poursuit devant le Parlement européen à Strasbourg
La mobilisation des agriculteurs se poursuit à Strasbourg aujourd'hui. 700 tracteurs et 5000 manifestants ont convergé vers la capitale alsacienne hier, mardi 20 janvier, et plus particulièrement vers le Parlement européen pour dénoncer l'accord avec le Mercosur. La mobilisation est toujours en place. On en parlait ce matin avec notre invité dans le Grand Réveil.
Son N°1 - La mobilisation des agriculteurs se poursuit devant le Parlement européen à Strasbourg
Patrick Dietrich - représentant de l‘Alsace-Bossue à la FDSEA du Bas-Rhin et agriculteur éleveur laitier à Hinsingen
Ce mouvement peut-il être qualifié d’historique au vu de son ampleur et de l’avenir de la filière ?
Historique, oui, pourquoi pas. C'est vrai, 5000 personnes de toute l'Europe, 1000 tracteurs, oui, c'est un grand mouvement et ça montre que toute l'agriculture européenne est contre ce traité du Mercosur avec l'Amérique du Sud qui est un traité d'un autre temps.
Des agriculteurs de toute l’Europe ont fait le déplacement (Italie, Irlande, Belgique,…). Avez-vous pu échanger avec eux et êtes-vous sur la même longueur d’ondes ?
Avec tous les agriculteurs présents, on est sur la même longueur d'onde. L'accord du Mercosur, c'est faire entrer des produits en Europe qui ne respectent pas nos standards de production européens. Alors, je ne dis même pas les standards de production français. On s'oppose à ça.
Le Parlement européen doit décider aujourd'hui s'il saisit à la Cour de justice de l'Union Européenne pour examiner la validité juridique de l'accord UE-Mercosur. Pensez-vous que votre mobilisation a été entendue ?
On espère que la mobilisation va porter ses fruits. Vu le nombre de parlementaires qui sont venus à la tribune, ça devrait le faire. Après, ça va se compter à 10, 15 voix près. Parce que le problème au niveau du Parlement européen, c'est que les gens votent en fonction de ce que leur pays leur dit. On sait que les Allemands veulent vendre des voitures. Peu importe tout ce qu'ils vont sacrifier, ils veulent vendre des voitures.
Et donc, vous pensez que chaque pays va voter en fonction de ses intérêts ?
Oui, ça va être à l'intérieur des groupes parlementaires. Il y en a qui vont voter en fonction de ce que leur pays leur dit de faire. Donc, on verra. Et puis, l'Allemagne a quand même pris un grand, grand pouvoir au niveau de l'Europe.
Vous êtes agriculteur éleveur laitier à Hinsingen. Si l'accord venait à prendre effet, quels seraient concrètement les impacts pour vous, pour votre exploitation, pour vos collègues en Alsace ?
L'impact immédiat, demain, jeudi ou vendredi, ce ne sera pas là. Ce sera les impacts sur les filières, avec des produits notamment pour la viande, c'est des produits de haut de gamme qui vont rentrer. De l'aloyau, du faux-filet, des produits à forte valeur ajoutée. Et ça va impacter nos filières. On va être bien moins rémunérés au final, vu qu'il y aura trop sur le marché. Et donc, c'est nos exploitations qui vont disparaître ou être diminuées et demain, c'est toute la souveraineté alimentaire de l'Europe et de la France qui est en jeu. Parce que l'exploitation qui a arrêté, il ne faut pas rêver, elle ne va pas se relever, surtout pas avec des animaux.
Vous êtes donc mobilisé encore aujourd'hui. Qu'est-ce qui va se passer ?
Aujourd'hui, on continue la mobilisation, on continue les discours des parlementaires qui veulent nous voir. Puis on va attendre le vote qui doit avoir lieu à midi, je crois, à peu près. Et après, s'il est positif, on lèvera le blocage et on rentrera avec nos tracteurs. Et s'il est négatif, le plan B n'est pas validé.
Donc des mobilisations qui potentiellement pourraient se poursuivre, peut-être s'intensifier ?
La modalité, je ne la connais pas, on n'a encore rien décidé mais on ne lâchera pas sur ce dossier et sur des dossiers franco-français de surtransposition de normes, on n'arrêtera certainement pas. Et bien sûr, on demandera à l'Europe une PAC encore plus forte, qu'ils arrêtent de grignoter sur la PAC s'ils veulent nous mettre en concurrence avec les autres pays qui n'ont vraiment pas les mêmes normes et les mêmes règles que nous.


