Nouvelles taxes pour les poids lourds en Alsace/Lorraine : les transporteurs dénoncent une injustice
La Fédération Nationale des Transports Routiers Grand Est se mobilise contre deux taxes poids lourds qui entrent en vigueur en 2027 dans la région. Présentées comme des dispositifs environnementaux, la FNTR dénonce un nouvel impôt qui pèsera sur les transporteurs et entreprises locales. On en parlait dans le Grand Réveil ce matin avec notre invité.
Son N°1 - Nouvelles taxes pour les poids lourds en Alsace/Lorraine : les transporteurs dénoncent une injustice
Philippe Da Soler - président FNTR Moselle et gérant des transports Da Soler et Cie à Folkling
En Alsace, la collectivité européenne d’Alsace a voté le R-Pass avec une entrée en vigueur au 1er janvier 2027. Dans le même temps, la Région Grand Est a adopté le principe d’une écocontribution pour juillet 2027. Des taxes dites « écocontributions » que vous dénoncez aujourd’hui. Quel est le problème avec ces taxes ?
Le premier problème c'est qu'effectivement c'est une taxe qui ne sera mise en place que dans l'Est, à savoir à l'Alsace et en Lorraine. Et pour nous effectivement c'est un impôt plus qu'une taxe sur le réseau routier. Donc on trouve que c'est, d'une part déjà, quelque chose qui n'est pas équitable parce qu'on va être plus chargé que nos confrères transporteurs ailleurs en France. Et, d'une autre part, on nous parle de nous taxer sur notre réseau routier à hauteur de 15 centimes, à peu près, ce qui représente 5 à 10 % de notre chiffre d'affaires sur une profession qui gagne entre 1 et 2 %. Donc aujourd'hui que les transporteurs lorrains et alsaciens la supportent uniquement eux, déjà c'est une charge qu'on ne pourra déjà pas supporter. Forcément ça va impacter sur nos clients et sur le pouvoir d'achat des gens qui habitent sur ces territoires.
Ça veut dire que quand vous allez, avec vos camions, emprunter certains tronçons, certaines routes, vous allez devoir payer une certaine somme pour rouler sur ces routes ?
C'est ça. Nous on est implanté sur Forbach. Dès qu'on va sortir de notre zone industrielle, on va être taxé. L'itinéraire qui va vers Hambach pour rejoindre l'autoroute, l'itinéraire qui va sur Saint-Avold, sur Creutzwald, toutes ces routes-là vont être payantes pour nous demain et ça représente à peu près 85 % des routes qu'on emprunte en régional. Nos principaux clients sont sur un périmètre de 30 km, c'est-à-dire sur le secteur de Saint-Avold, Sarre-Union, Sarreguemines et on va être impacté de façon très importante.
Est-ce que vous savez comment seront appliquées ces taxes ? Comment concrètement ça va arriver ?
C'est un boîtier qu'on va devoir installer dans nos véhicules. Il va nous géolocaliser et on sera taxé dès qu'on empruntera ces routes-là.
Et vous dénoncez une mesure aussi inefficace et contre-productive car finalement il n'y a pas d'alternative. On parle d'éco-contribution, mais finalement vous n'allez quand même pas moins rouler parce que vous, vous n'avez pas le choix, donc une alternative qui n'est pas forcément plus vertueuse pour l'environnement. C'est vraiment juste économique selon vous ?
Oui, c'est juste une taxe. Aujourd'hui, forcément, nous les transporteurs français, on a un périmètre d'action souvent qui est de l'ordre de 150 kilomètres. Donc ça veut dire qu'on nous dit que c'est pour éviter la pollution, mais 89% de ce qui se transporte, se fait par camion. Donc forcément, ça ne va pas changer demain. Donc on va juste payer plus et payer plus, ça veut dire que nos clients industriels ou même le particulier sur nos territoires, ça va lui coûter beaucoup plus cher. Un produit qui est fabriqué en Asie ou ailleurs, il payera cette taxe uniquement sur les derniers kilomètres du transport alors qu'un industriel chez nous, quand il va ramener sa matière première, il payera une première fois, s'il fait de la transformation et qu'il travaille en local avec d'autres sociétés et que le produit a besoin d'être modifié, il va repayer de nouveau sur les trajets là et il va repayer une troisième fois quand il va l'expédier. Donc on va être impacté de façon beaucoup plus importante que les gens qui transitent par chez nous, ça c'est clair.
La FNTR Grand Est a donc fait des vidéos pour témoigner. Aujourd'hui, qu'est-ce que vous demandez ?
Nous on demande, d'une part, si elle devait s'appliquer, on trouve que c'est anormal que ça ne soit que sur nos territoires. C'est quelque chose qui, comme l'éco-taxe à l'origine en 2014, devrait être ou sur tous les territoires ou nulle part. Il faudrait qu'il y ait un système de répercussion qui légitime le fait de pouvoir le répercuter dans nos coûts parce que sinon c'est la mort de notre profession dans le secteur.


