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''On se battra jusqu'au bout'' : Des infirmières de l'hôpital Robert Pax racontent leur quotidien

''On se battra jusqu'au bout'' : Des infirmières de l'hôpital Robert Pax racontent leur quotidien

Photo : Le personnel soignant en tenue de combat

En pleine épidémie de coronavirus, le personnel soignant est plus que jamais mobilisé. C’est le cas à l’hôpital Robert Pax de Sarreguemines, où toutes les infirmières se donnent à fond malgré le manque de personnel et les risques. Nous avons rencontré 3 d’entre elles : Audrey, Jerina et Elodie. D’habitude elles travaillent au service de médecine gériatrique polyvalente mais depuis le début de l’épidémie, elles ont rejoint l’unité Covid composé d’une cinquantaine de lits.

Dans leur travail au quotidien, plusieurs choses ont changé.

On doit s'habiller d'une certaine manière : charlotte, masque, surblouse, surchaussures, lunettes... et après c'est des prises en charge où on essaie de regrouper le maximum de soins en une fois. Il y a une charge de travail plus importante avec une surveillance particulière à faire. Il faut être réactif, si jamais les gens désaturent au niveau respiratoire. 

Dans le service COVID, les patients sont stressés et très seuls. Alors les infirmières font tout pour leur apporter de la bonne humeur même si les contacts ne sont pas forcément évidents.

Jerina : Ils sont angoissés, ils ne savent pas à quoi s'attendre. On essaie vraiment de les réconforter comme on peut, on essaie de leur apporter un peu de joie mais c'est vrai que c'est compliqué... 

Audrey : Ce qui est difficile c'est de créer le lien avec le patient vu qu'on est quand même très peu en chambre. C'est vrai qu'on n'a plus du tout le même contact avec le patient [...] On fait au mieux. 

Elodie : Le fait d'avoir les gants, on n'a pas le même toucher. Avec le masque, ils ne voient pas notre visage, ça met des barrières. 

Avec le plan blanc, activé depuis plusieurs jours à l’hôpital de Sarreguemines, les congés et les RTT de tous les soignants ont sauté et chacun peut être appelé sur son temps de repos. Malgré la fatigue, les filles sont prêtes à continuer à travailler jusqu’au bout.

Elodie : Je crois que pour l'instant on ne réfléchit pas trop à nous. On est tellement dans le feu de l'action... 

Audrey : C'est pas un métier c'est une vocation

Jerina : Les patients sont là et ils ont besoin de nous donc on se battra jusqu'au bout

Elodie : De toute façon avec le confinement dès qu'on est à la maison on se sent inutile. Limite on attend qu'on nous appelle pour nous dire qu'on nous rajoute un poste. 

Jerina : Moi personnellement quand je suis à la maison j'arrive pas à couper de l'hôpital, j'arrive pas à m'occuper parce que toutes mes pensées vont à l'hôpital, vers mes collègues. On vit COVID

On a demandé à Audrey, Jerina et Elodie si elles avaient peur d’attraper le coronavirus. Leur réponse a été très claire : « On ne pense pas à nous on pense d’abord aux patients ».

Un ascenseur spécial Covid-19.

''On perd au moins un patient par poste''

Aux nombreuses heures de travail accumulées, il faut ajouter le stress. Depuis qu'elles travaillent à l'étage mis à disposition pour les malades du coronavirus, les 3 infirmières parlent d’un travail plus stressant et éprouvant psychologiquement.

Elodie : C'est plus stressant parce qu'on est confrontés à des décès de gens de tous les âges et dans des circonstances auxquelles on ne s'attendait pas. Le coronavirus fait des dégâts monumentaux et on n'a aucun pouvoir là-dessus. Et les familles normalement ne peuvent pas venir, les visites sont totalement interdites, après on a des autorisations pour que les familles puissent venir dans les derniers instants de la personne parce que si non les gens sont complètement seuls. C'est ce qui est je crois le plus compliqué c'est de les voir seuls dans leur chambre en train de décéder

Audrey : D'un autre côté, on est tellement dans le feu de l'action qu'on ne se rend pas compte de tout ça. Je pense qu'une fois que le COVID sera fini et que tout va un peu se tasser, au niveau du personnel soignant on va commencer à se rendre compte et il y aura des répercussions psychologiques

Les 3 infirmières perdent au moins 1 patient à chacun de leur poste en ce moment. Une nuit cette semaine, elles en ont perdu 3 en 1h.

''La situation à l'hôpital est chaotique''

Depuis l'apparition du coronavirus, on entend beaucoup de choses à son sujet. Pour les infirmières, ça fait plusieurs semaines que c'est clair : ''ce n'est pas une grosse grippe''. D’après elles, les gens ne se rendent pas compte de la situation.

Jerina : Je pense que les gens ne se rendent vraiment pas compte de ce qui se passe à l'hôpital et que la situation est chaotique. Nous on le voit. 

Audrey : Les gens en 1h peuvent désaturer de manière assez impressionnante au niveau respiratoire. Il y a certains patients qui n'ont pas d'antécédents en particulier. Le plus jeune qu'on avait c'était un monsieur de 18 ans. Bien sûr, on a aussi des personnes âgées. Mais on va avoir des personnes âgées qui retournent à domicile et puis à l'inverse on va avoir des personnes de 60-70 ans qui ont les poumons complètement rongés par ce virus et qui décèdent alors qu'il n'y avait aucun antécédent qui ne laissait penser à ça. 

Pour les 3 jeunes infirmières, le travail est particulièrement compliqué en ce moment d’autant qu’il manque du personnel à l’hôpital. Une campagne de recrutement a été lancée à Robert Pax pour recruter des infirmières et des aides-soignants de toute urgence.

Heureusement, elles ont reçu l'aide du personnel d'autres services et il y a une super entente entre tous les soignants. 

''C'est dommage qu'il ait fallut une pandémie pour que le personnel soignant soit valorisé"

En pleine épidémie de coronavirus, les personnels soignants sont soutenus et félicités par toute la population. A l’hôpital Robert Pax de Sarreguemines, Audrey, Jerina et Elodie nous racontent avoir reçu des pizzas, des kebabs, des burgers ou encore du chocolat de la part de commerçants et de particuliers.

Sur les réseaux sociaux aussi, elles sont sensibles à tous les messages de soutien qu’elles lisent.

Audrey : J'ai envie de dire que tous ces mots de soutien, ça nous réconforte et ça nous valorise aussi là où on n'a peut-être pas toujours été soutenu. Avant le COVID on était quand même en manque de matériel, de personnel... C'est vrai que du coup, d'avoir toutes ces personnes qui nous soutiennent, on se dit que pour une fois notre métier est valorisé. 

Jerina : Nous, le personnel soignant on a l'impression d'être les oubliés parce que ça fait des années qu'on essaie d'avoir des moyens. Je trouve ça dommage qu'il ait fallut une pandémie pour que le personnel soignant soit de nouveau valorisé. 

Pour l’instant, les jeunes femmes continuent de travailler dans la bonne humeur, d’accumuler des heures et de s’occuper au mieux des patients qui s’accumulent dans le service COVID de l’hôpital. Mais à la fin de la crise, elle espère que le gouvernement n’oubliera tout ce qu’elles ont fait.

Les témoignages d'Audrey et Jerina

Le témoignage de Jerina en intégralité : 

Nous avons du renfort des autres services pour la prise en charge des patients covid sinon la charge de travail serait beaucoup trop lourde pour l’effectif normal. L’habillage déshabillage prend énormément de temps. Du coup on essaye de faire une personne qui rentre dans la chambre et l’autre qui reste dehors pour nous apporter ce qu’il pourrait manquer dans les chambres (tubulures etc). 2 infirmières pour la tournée de médicaments / perfusions pour 13 patients, les aides-soignantes s’occupent des petits déjeuners. Puis pour les toilettes et les soins le matin tout le monde rentrent dans les chambres. La prise en charge reste compliquée à cause de notre tenue covid car notre salle de soin est propre donc quand nous avons besoin de quelque chose dans notre salle de soin nous devons nous déshabiller, puis nous habiller à nouveau pour rentrer dans les chambres. Oui le stress est présent en permanence dans le service car nous avons des patients qui peuvent décompenser à tout moment donc il faut que nous soyons vigilants en permanence. Le virus est encore inconnu, tout le monde avance un peu dans l’inconnu, les soignants, les médecins donc le stress est présent. Entre nous nous essayons quand même de rigoler car c’est la seule échappatoire que nous avons face à la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement. On a la chance d’avoir une équipe formidable et très solidaires, l’entente, l’entraide sont présentes et sans cela, nous ne tiendrons pas le coup. C’est notre petite Dream TeamMPOG, on est toutes très fières d’en faire partie, et cela se ressent encore plus dans une situation comme celle-là. Nous prenons soin les unes des autres.

Les patients sont déjà angoissés à la base pour certains donc on essaye d’être le plus bienveillant possible avec eux, de les rassurer comme nous le pouvons avec de simples mots. Étant donné que nous sommes habillés avec masque gants charlotte ils ne voient pas notre visage, nos expressions du coup les mots sont d’autant plus importants pour les rassurer. Nous passons plus de temps forcément avec les gens qui sont moins stables et qui demandent plus d’attentions et de soins. Mais ce n’est pas pour autant que nous ne prenons pas soin des autres même si le temps qu’on passe avec eux n’est pas celui qu’on aimerait passer. Le renfort des autres soignants du pax nous permet encore une fois de s’occuper de tous les patients du mieux que nous le pouvons même si les conditions restent des fois difficiles.

Personnellement mon travail impacte considérablement et en permanence ma vie personnelle car nous vivons covid 19 à longueur de journée. Au travail, à la maison par la télévision, les réseaux sociaux, quand nous rentrons et que nous parlons de ce qui s’est passé à l’hôpital. Je n’arrive pas à déconnecter quand je rentre du travail car tout nous relie au covid. On se remémore le poste, les gens que nous avons pris en charge, leur détresse, les décès malheureusement, les transferts d’urgence. On essaye de garder la face devant nos patients en gardant le sourire et en étant positive, alors que nous sommes au bord des larmes. Personnellement, je craque régulièrement quand je rentre chez moi, on reste des humains avant tout et c’est dur pour nous aussi... J’ai ce besoin même quand je suis en repos, de savoir ce qui se passe à l’hôpital, comment s’est passé le poste de mes collègues, avoir des nouvelles de patients que j’ai pris en charge. Je n’arrive pas à me concentrer sur une activité à domicile car toutes mes pensées sont à l’hôpital. Malgré les marques de soutien profond de mon entourage. Je pense qu’entre vivre ce que nous vivons et le raconter à nos proches, il y a un monde. Nos proches se rendent compte de la gravité des choses mais de la vivre comme nous le faisons c’est encore tellement différent et les gens qui ne vivent pas cela ne réalisent pas ce qu’il se passe réellement.

Margot Benabbas

| jeudi 2 avril 2020 à 13:21 - Mise à jour à 13:49

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