Le coussin maudit

Contes et légendes de notre région

Le coussin maudit

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Épisode du lundi 12 janvier 2026 à 09:45

En novembre 1949, un mal étrange touche plusieurs habitants de la cité minière de la Cuvelette à  Merlebach. Ces derniers attribuent tous leurs maux à une famille polonaise qu'ils accusent de sorcellerie.

 

Des symptômes inexpliqués

Les enfants n'ont plus d'appétit, les anciens se plaignent de douleurs thoraciques. Les médecins sont désarmés face à cette soudaine et mystérieuse épidémie.

Désespérés, les riverains attribuent leurs maux à une famille polonaise et surtout la mère, accusée de sorcellerie. Un voisin, qui avait remarqué que ses enfants n’arrivaient pas à dormir sur certains coussins, les éventre. Il trouve à l’intérieur des morceaux de toile sur lesquels sont dessinés des oiseaux sans tête et sans queue. Tout le quartier fait de même avec ses oreillers et édredons. Tous découvrent ces fameux arrangements de plumes. Boules, escargots, spirales, étoiles, oiseaux, l’imagination populaire leur attribue toute sorte de formes étranges et les rend responsables des maux inexpliqués. Il n’en faut pas plus pour déclencher une véritable chasse aux sorcières. Installés dans l’idée qu’ils sont ensorcelés, les gens du quartier décident de se faire justice eux-mêmes. Heureusement, les policiers ramènent le calme.

Qui les a confectionnées ? Comment sont-elles arrivées là ? Le mystère reste aujourd’hui entier.

A Gros-Réderching, un garçon de 5 ans recouvre la santé après l’extraction d’une couronne de plumes de son oreiller.

 

Les boules de plumes

Autrefois, on accusait les sorciers de faire entrer le Malin à distance, via des boules de plumes qui se constituaient dans les oreillers et coussins. Des femmes les éventraient tous les quatorze jours pour vérifier qu’aucune malédiction ne s’y était nichée. À l’inverse d’une amulette, dont la proximité est bénéfique, des objets maléfiques dissimulés dans l’entourage de la victime sont supposés attirer le malheur sur elle.

Une vieille tradition populaire dit que quand quelqu’un est malade et trouve une couronne de plumes dans son oreiller, c'est un signe de mort.

 

Une explication rationnelle

À l'époque, la majorité des gens dormaient sur des oreillers. Les oreillers en mousse ou à mémoire de forme n’existaient pas. Donc, de temps en temps, il fallait changer la garniture pour gonfler ou ajouter plus de soutien à son oreiller. Sous l’effet de la sueur et de forces mécaniques, les plumes peuvent s’agglomérer entre elles et former des boules.

 

En conclusion

Dans notre imaginaire et les représentations folkloriques, la figure du sorcier prend le plus souvent les traits d’un personnage au physique inquiétant, comme la sorcière de conte de fées avec sa verrue et son nez crochu. En réalité, les envoûteurs ne s’affichent pas comme tels et sont plus discrets que ces sorciers folkloriques, tant à la campagne qu’en ville, même si leurs pouvoirs sont souvent partiellement connus au sein de la communauté. Ces objets permettent au jeteur de sorts de s’immiscer à distance et discrètement dans la vie quotidienne de la personne à attaquer. L’exemple de Merlebach nous montre que l’étranger est souvent l’accusé désigné pour les malheurs. C’est un schéma récurrent dans l’histoire humaine et qui a toujours conduit, associé à l’hystérie collective, à des atrocités. Aujourd’hui l’homme n’a pas fini avec ce détestable travers de stigmatiser celui qui est différent. Le vrai danger, ce sont les prophètes du mal qui cherchent à nous diviser.

 

Chronique réalisée par Gilles Weiskircher.

 


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