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''Des patients qui n'auraient pas consulté avant" :
Les psychologues face à la pandémie

''Des patients qui n'auraient pas consulté avant" :
Les psychologues face à la pandémie

Dans les premiers temps de côté, la gestion psychologique de la pandémie a peu à peu été mise en lumière, notamment chez les étudiants. Deux psychologues reviennent sur l’évolution de leur métier un an après le début de la crise.

Si elles ne font pas un lien direct avec la pandémie,  Hélène Dautremont et Mélanie Letzeler, psychologue à Sarreguemines et Grosbliederstroff le disent : elles ont toutes deux connues une augmentation de nouveaux patients au sein de leurs cabinets.

Il y a un peu plus d’un an, le mot « Covid » apparaissait dans le quotidien de chaque Français. La maladie, en plus de toucher la santé de plusieurs millions de personnes, a aussi changé la vie de beaucoup d’entre eux. Mélanie Letzeler a donc vu en un an, des patients qui n’auraient sans doute « jamais consulté auparavant » :   

Le fait de ne plus pouvoir travailler, notamment. J’entends par là les gens qui sont dans le milieu de la restauration, dans le milieu culturel et qui ne peuvent plus du tout travailler, qui sont coupés de tout ça et des liens sociaux. Ça devient compliqué pour eux et du coup ils développent des troubles qu’ils n’auraient pas développé auparavant si la situation ne s’était pas présentée.

Chez beaucoup, c’est un sentiment de solitude et d’inutilité qui s’installe, jusqu’à parfois la remise en question :« Ils finissent par se demander s’il ne faudrait pas qu’ils changent de voie par exemple ».

Pour d’autres, comme le personnel soignant, c’est la fatigue et la confrontation à une maladie mortelle qui pose souvent problème.

La solitude exacerbée par le fait de ne pouvoir sortir est également la problématique des plus jeunes comme l’explique Hélène Dautremont :

Les adolescents se trouvent isolés dans leur chambre. Quelque part il n’y a plus d’habitude. On ne prend plus le bus, on ne se déplace pas. Et ce n’est pas bon du tout car les enfants et ados sont livrés à eux-mêmes. Ils sont davantage sur leur portable et ordinateur. Il y a beaucoup moins de rencontres et de déplacements physiques. Et ça c’est incontestablement préjudiciable.

La psychologue a un exemple récent :

J’ai un ado, que j’ai rencontré, qui reste dans sa chambre du matin au soir. Il dit à ses parents « Ecoutez je travaille, après je reste en contact avec mes copains ». Mais par contre il reste sur l’ordinateur pendant huit heures et les parents n’arrivent plus à voir si effectivement il travaille, s’il va sur d’autres sites. Il ne sort pas faire de vélo.

Sans sortie, sans aller en classe pour certains, les repères se perdent.

L’école comprend les acquisitions scolaires, les apprentissages. Mais comprend aussi la construction de la personnalité. Que ce soient les petits, les enfants, les ados, ils se construisent socialement et psychologiquement.

« Le syndrome de la cabane »

Mais pour certains patients, au contraire de ne plus pouvoir sortir, c’est la peur de le faire qui peut prendre le dessus.

Certains psychologues ou psychiatres parlent du syndrome de la cabane. Les gens ne sortent plus de chez eux. Ils ont tellement peur d’être contaminés, de contaminer leurs proches, de mourir. Avec toutes les incertitudes qui existent autour des contaminations. Est-ce que vraiment on est protégés si on porte un masque ? Les gens se posent souvent cette question. Et donc il va apparaître des gens qui ne sortent plus de chez eux et qui ont peur d’un retour à la vie normale car ils n’envisagent plus de sortir de chez eux.

Psychologue à Grosbliederstroff depuis quatre ans, Mélanie Letzeler pratique quand nécessaire des thérapies comportementales et cognitives. Une thérapie qui s’appuie sur la psychologie scientifique et qui amène le patient à guérir grâce à des exercices progressifs. S’il lui arrive de les utiliser pour l’anxiété sociale, ce n’est pas forcément simple face au covid-19 :

Quand on travaille sur l’anxiété sociale par exemple, du fait d’avoir peur de sortir, d’aller dans les magasins, à la rencontre des gens. Avant on faisait tout un travail et on prescrit des expositions de confrontation à la peur progressive. Par exemple : aller dans un magasin à un moment de la journée où cela semble faisable pour la personne. Le matin par exemple. Mais là du coup, les gens, comme ils ont peur du virus. Les TCC s’appuient sur des données scientifiques. Donc d’habitude on travaille du côté scientifique et du côté irrationnel. Mais là le curseur entre rationnel et irrationnel est un peu biaisé. Car oui, il y a une vraie menace et on ne peut pas dire aux gens que c’est irrationnel. Alors après on négocie pour essayer de vivre une vie normale tout en prenant en considération les risques. Donc on fait des négociations de risque mesuré. Mais ce n’est pas si simple que cela. C’est beaucoup plus compliqué qu’avant.

Un an après le début de la crise, la peur laisse, selon Mélanie Letzeler, place à la colère et au fatalisme : « Avec un sentiment, pour certains, qu’on ne reviendra jamais à la normale ». Mais Hélène Dautremont appelle quant à elle à l’optimisme : « Il faut rester confiant en l’homme. On trouvera des solutions ». 

En mars dernier, les complémentaires santé et assurances annonçaient la prise en charge de plusieurs consultations de psychologues par an (quatre pour les assureurs), à hauteur de 60 euros par séance. Une mesure qui fait suite à une hausse des états dépressifs chez la population française et qui devrait entrer en vigueur dans les prochaines semaines. Une prescription médicale serait cependant nécessaire.06

Laurie Veyrier

| mercredi 14 avril 2021 à 06:57 - Mise à jour à 06:58

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