Les travailleurs frontaliers français se sentent discriminés


par Camille Bazin
lundi 20 avril 2020 à 17:55

Les travailleurs frontaliers français se sentent discriminés
Photo : Sarrebruck - Shutter Stock

Alors que l’activité reprend dans bon nombre d’entreprises sarroises, certains Français qui travaillent en Sarre ne sont pas rappelés à leur poste.

Pour Mélanie, chauffeur de bus à la ZF à Sarrebruck, c’est tout simplement de la discrimination.

Son N°1 - Les travailleurs frontaliers français se sentent discriminés

On nous a dit « les Français vous n’aurez plus le droit de venir et on ne sait pas quand vous pourrez revenir ». Pour moi c’est de la discrimination. Le virus n’a pas de nationalité, les Allemands sont aussi touchés. Si on est en bonne santé je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas retourner travailler.

D’une manière générale Mélanie remarque même de plus en plus de tensions entre les Français et les Allemands.

Son N°2 - Les travailleurs frontaliers français se sentent discriminés

Avant le confinement, j’étais sur l’autoroute avec mon bus pour le travail. Un Allemand m’a fait un doigt d’honneur, juste parce que c’était un bus français…

Concernant son retour au travail, Mélanie déplore le manque d’information.

Son N°3 - Les travailleurs frontaliers français se sentent discriminés

On m’a dit que dès que ça reprend on m’appellera. On aura peut-être un rendez-vous et on verra éventuellement pour travailler plus afin de rattraper les dernières semaines, mais pour le moment je n’ai absolument aucune nouvelle. Je ne sais rien.

Une décision illogique également pour ce travailleur frontalier chez un sous-traitant de la ZF à Sarrebruck, qui a décidé de rester anonyme. Et dans cette situation, son employeur ne peut rien faire.

Son N°4 - Les travailleurs frontaliers français se sentent discriminés

Mon employeur a préparé les papiers pour que je puisse venir travailler mais c’est la ZF qui a décidé que les Français ne reprendraient pas le travail. Donc mon employeur est obligé d’avoir le feu vert de la ZF pour que l’on puisse venir travailler.

Ce travailleur frontalier ne travaille pas depuis le 13 mars, et son chômage partiel est prévu jusqu’au 31 avril au minimum. Pas de prime de nuit ou de weekend et un chômage partiel limité.

Son N°5 - Les travailleurs frontaliers français se sentent discriminés

Comme j’ai des enfants je touche 67% de mon salaire. Et sachant que je travaille en poste, il va me manquer beaucoup de primes… je serai payé comme si je travaillais uniquement en poste de matin. Donc c’est la catastrophe. On doit taper dans les économies, en plus je viens d’acheter une maison… C’est difficile. Heureusement on ne sort pas trop donc on dépense moins, mais malgré tout, pour les factures ça va être juste.

La situation est semblable pour cette travailleuse d’une usine sarroise qui fait des pièces pour les constructeurs automobiles. Nous l’appellerons Julia pour respecter son anonymat. Dès le début du confinement, elle et ses collègues Français ont été mis à l’écart.

Son N°6 - Les travailleurs frontaliers français se sentent discriminés

On avait poste de matin. On nous a appelé dans une salle avec le poste de midi, donc on était une trentaine de personnes et là on nous a conseillé de prendre 5 congés de solidarité. Nous, les Français, on a accepté donc on est resté la première semaine à la maison et ensuite on nous a dit de rappeler le vendredi pour savoir ce qu’il en était pour la suite et là on nous a dit de reprendre 5 jours de congés. Et après ces 10 jours on a été mis en chômage technique.   

Julia a l’impression de s’être fait avoir en donnant ces 10 jours de congés alors que son entreprise n’a jamais cessé de fonctionner.

Ce lundi, elle a pu reprendre le chemin du travail mais sent qu’une certaine tension s’est installée chez nos voisins.

Son N°7 - Les travailleurs frontaliers français se sentent discriminés

On a quand même une peur. Les Allemands ils voient que vous êtes Française ça fait peur. Si vous allez acheter le pain ou faire une petite course, les Allemands vous regardent alors qu’avant c’était normal.

Des tensions, mais pas pour tout le monde...

Si certains ne peuvent pas retourner travailler ou se sentent mis de côté par les Allemands, d'autres en revanche n'ont pas du tout le même ressenti. Jean-Luc par exemple, n'a jamais cessé de travailler. Il est en poste chez Saarstahl, et depuis le début de la crise sanitaire, rien n'a changé en terme d'ambiance. Tout se passe bien. Il réagissait ce matin dans notre émission Le Grand Réveil.

Son N°8 - Les travailleurs frontaliers français se sentent discriminés

 


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