Sandrine, aide-soignante à Sarreguemines : ''vous commencez à ne plus croire en ce que vous faites''


par Margot Benabbas
vendredi 14 janvier 2022 à 09:33

Sandrine, aide-soignante à Sarreguemines : ''vous commencez à ne plus croire en ce que vous faites''

Près de 2 ans après l’apparition du Covid dans les hôpitaux, le personnel soignant est à bout. A l’hôpital Robert Pax de Sarreguemines mais aussi dans tous les hôpitaux publics, il y a une pénurie de personnel et les soignants en place ne comptent plus leurs heures. On vous propose d’écouter le témoignage poignant de Sandrine Berton, aide-soignante au centre hospitalier de Sarreguemines au sein du service de chirurgie.

Son N°1 - Sandrine, aide-soignante à Sarreguemines : ''vous commencez à ne plus croire en ce que vous faites''

Après 20 années à travailler à l’hôpital sarregueminois dont 10 en tant qu’aide-soignante, Sandrine Berton n’a jamais connu ça. Aujourd’hui elle compare son quotidien…

…à une course. Il y a un départ, une arrivée, sauf que l’arrivée on la voit jamais. Le temps nous manque, ça veut dire que le temps qui devrait être consacré à nos patients ne l’est pas. Parce qu’on est parasité par plein d’autres choses, par l’absentéisme, par la conjoncture, par le virus, par plein de choses qui font que si au départ vous aviez 10 minutes à consacrer à une personne elle se réduit à quelques secondes. C’est très frustrant dans le rôle de soignant parce qu’on fait pas ce genre de métier pour ça. Et vous commencez à ne plus croire en ce que vous faites.

Le gros problème que rencontre l’hôpital Robert Pax, comme les autres hôpitaux publics, c’est le manque de personnel. Pour combler le manque, les soignants en poste sont baladés de service en service.

Il arrive quelques fois que vous preniez votre poste et dans la matinée pour une raison X ou Y on vous demande d’aller renforcer une équipe dans un service autre. Service qui n’est pas le vôtre qui ne fonctionne pas de la même façon, avec des locaux disposés d’une autre manière. C’est très compliqué d’arriver dans un service dont vous ne maîtrisez pas la spécialité et où vous n’arrivez pas comme le Messie finalement. Vous arrivez dans une équipe qui, elle aussi est impactée par tout ce qui se passe actuellement et qui n’a pas forcément de temps à vous consacrer. Donc vous avez le sentiment d’être un peu le frein, le boulet de service.

L’habitante de Kappelkinger a beaucoup de mal à cacher son émotion. Elle commence à perdre goût à ce métier qu’elle aime profondément et a déjà craqué.

Craqué au point où j’en ai pleuré. Pourtant, je suis pas une AS débutante et je suis rentrée chez moi, j’ai pleuré les 35 km qui me séparent de l’établissement à mon domicile. Parce que j’avais pas fait le travail que le voulais, parce que j’étais fatiguée, parce que c’est pas pour ça que j’ai fait aide-soignante finalement.

''Est-ce que je vais pouvoir continuer à travailler dans ces conditions ?''

Au quotidien, Sandrine court après le temps pour tenter d’être un minimum auprès de ses patients. La quadragénaire n’a plus le temps de leur parler, de rester à leur côté : elle parle d’un boulot déshumanisé.

Je m’interroge sur demain. Est-ce que je vais pouvoir continuer à travailler dans ces conditions ? Loin du côté physique de la chose, je parle vraiment du côté mental. Parce que c’est vraiment très compliqué de rentrer chez soi et de se dire, pardon, mais j’ai fait un boulot de merde. Parce qu’on a des êtres humains en face de nous on n’a pas des machines et on a tellement déshumanisé l’hôpital qu’aujourd’hui moi ça me va plus, ça me va plus.

Une fois à la maison, la situation ne s’arrange pas. Avec le plan blanc et les absences, l’aide-soignante reçoit des appels et des messages en permanence du travail. Si Sandrine tient bon pour le moment, elle s’inquiète pour l’avenir de l’hôpital, et pour ses collègues plus jeunes. Elle craint également que les patients ne puissent plus être soignés dans de bonnes conditions.

Une vingtaine de soignants ont démissionné de l’hôpital Robert Pax ces 6 derniers mois. La situation à l’hôpital s’est d’ailleurs encore compliquée ces derniers jours. A cause d’un cluster en service de pneumologie, 9 lits ont dû fermer en cardiologie par manque de personnel.


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