Sarreguemines : Le personnel de la maison d'arrêt veut rebaptiser le nom d'une salle en hommage à un collègue décédé


par Cédric Kempf
mardi 7 février 2023 à 16:15

Le personnel de la maison d'arrêt veut rebaptiser le nom d'une salle en hommage à un collègue décédé

Le personnel de la maison d’arrêt de Sarreguemines veut changer le nom d’une salle de réunion et alerte l’administration pénitentiaire.

Cette demande n’est pas anodine puisque c’est pour donner le nom d’un collègue décédé en mars 2022. Alexandre Moi s’est suicidé chez lui à Saint-Avold. Ses collègues dénoncent un acharnement de la direction. L’ancienne directrice, Nathalie Teixeira, avait baptisé cette salle « Hubert Moreau », ex-directeur interrégional et soutien de cette dernière.

Une provocation ultime pour le personnel qui réclame ce changement de nom pour cette salle. Une lettre ouverte a donc été écrite en ce sens à Laurent Ridel directeur des services pénitentiaires français.

Retour sur cette affaire

14 mars 2022. Alexandre Moi, agent pénitentiaire à la maison de Sarreguemines, se suicide à son domicile à St-Avold.

Affecté à l'établissement faïencier en 2019, sa carrière a pris un tournant en 2021, en plein Covid-19. 

Des tensions avec la direction 

Pendant 1 an et demi, la situation de cet homme de 38 ans est plutôt saine au sein de la maison d'arrêt, mais une pathologie le rendant vulnérable au coronavirus l'invite à prendre une autorisation spéciale d'absence entre le 19 février et le 02 septembre 2021. C'est à cette date, jour de passage chez le médecin du travail, que sa situation professionnelle prend un nouveau virage.

Le médecin du travail décide qu'il peut reprendre le travail dès le 03 septembre mais Alexandre Moi est informé de cette décision seulement le 11 septembre par courrier recommandé. A son retour, le lundi 13 septembre, il est convoqué dans le bureau de la direction. Laurent Leroy est secrétaire régional CGT pénitentiaire.

Il s'est donc présenté à la maison d'arrêt le 13 et il a été reçu par la direction, donc la cheffe d'établisssement et son adjoint, et cet entretien s'est très mal passé puisqu'on lui a indiqué que ce n'était pas normal, qu'il allait être sanctionné, puisqu'il était en absence irrégulière depuis la date du 03. Clairement, on lui a dit qu'on n'avait pas besoin de lui, que toute façon ça avait tourné pendant son absence, qu'il ne servait à rien et qu'il pouvait rester chez lui. 

D'autres propos violents auraient été prononcés avant qu'il ne quitte l'établissement. Un choc pour le trentenaire. Alexandre Moi s'est donc mis en arrêt et n'est jamais revenu au sein de la maison d'arrêt. Mais durant son absence, il aurait été de nombreuses fois contrôlées. Une semaine avant de s'être donné la mort, c'était encore le cas.

Un cas loin d'être isolé 

Pour la CGT, Alexandre n'était pas le seul à souffrir de la dureté de la direction. En mars 2022, une petite dizaine d'agents sur les 40 de l'établissement consultaient la psychologue des personnels. Sur 27 agents en roulement, seuls 10 étaient présents. Un malaise et un mal-être ont vu le jour ces derniers mois entre la directrice, son directeur adjoint et les agents pénitentiaires. 

On a d'abord commencé à alerter au niveau syndical par différents tracts et différentes manifestations, malheureusement il n'y a pas eu de retour ou souvent les retours étaient plutôt à l'inverse de ce que l'on espérait. On a donc demandé aux collègues d'effectuer des comptes-rendus, qu'ils ont adressé souvent au directeur de l'administration pénitentiaire dans lesquels on peut lire qu'ils souhaitaient juste être des lanceurs d'alerte, qu'ils avaient peur qu'un geste désespéré se produise de la part de l'un d'entre eux. Malheureusement, il n'y a eu aucune écoute.

Laurent Leroy n'espère qu'une seule chose.

C'est que le dossier ne soit pas fermé et qu'il soit rangé au fond d'un tiroir... Que voilà... C'est malheureux ce qu'il s'est passé. Non ce n'est pas ça, ce n'est pas malheureux ce qu'il s'est passé, ça ne doit juste pas se reproduire, on ne peut pas maltraiter les agents. Les personnes qui, pour nous, ont une part de responsabilité dans ce qui s'est produit, elles vont aller ailleurs, elles vont être cheffes d'établissement dans d'autres établissements, et si on ne leur dit pas que leur façon, qu'elles ont, de traiter leurs subalternes n'est pas la bonne façon, bah... On n'a peur que cela se reproduise.

Une lette ouverte avait été écrite au Garde des Sceaux et au Directeur de l'Administration Pénitentiaire pour dénoncer ce qu'il s'est passé. Le directeur interrégional, lui, "ne souhaitait surtout pas répondre à ces accusations totalement infondées, et à cette récupération totalement abjecte". Alexandre Moi avait également des problèmes personnels, qui pourrait expliquer son geste.

Pour la CGT, sa situation professionnelle a sans doute joué dans la balance. Elle s'appuie sur le code du travail qui indique que l'employeur doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs (code du travail, art. L 4121-1), et sur une étude réalisée pour l'Ecole nationale d'administration pénitentiaire "Les chroniques du CIRAP" parue en janvier dernier. Une psychologue, Emilie Piouffre-Sauvaget, explique, via l'Observatoire National du Suicide, que le travail est rarement le motif unique d'un suicide, mais qu'il peut être en cause dans le processus conduisant une personne à mettre fin à ses jours, en raison de la place importante du travail dans la vie d'un individu. 

Elle explique enfin que les surveillants pénitentiaires se suicident plus que la population générale (+31%) et que la police nationale (+15.5%).


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