Entre crise de déconsommation en France et menace de nouvelles taxes aux Etat-Unis, comment se porte le vin alsacien ?
Donald Trump menace une nouvelle fois la filière des vins et des spiritueux. Le président américain menace de nouveau d’imposer des droits de douane de 200 % sur la filière si Emmanuel Maron refuse de rejoindre son Conseil pour la Paix. Une menace qui intervient alors que les Etats-Unis sont le premier marché de consommation de vin au monde. On en parlait ce matin dans le Grand Réveil avec notre invité.
Son N°1 - Entre crise de déconsommation en France et menace de nouvelles taxes aux Etat-Unis, comment se porte le vin alsacien ?
Philippe Bouvet - Directeur marketing du comité interprofessionnel des vins d'Alsace.
Comment est-ce que vous avez réagi avec cette nouvelle menace du président américain qui, on le sait, souffle un peu le chaud et le froid. Est-ce que ces menaces perturbent le marché du vin et notamment celui du vin d'Alsace ?
Alors c'est vrai que vous venez de le dire, il souffle un petit peu le chaud et le froid. On va dire que les vignerons français en général, alsaciens en particulier, doivent avoir le cœur bien attaché parce que c'est vrai qu'on n'arrête pas les montagnes russes. C'est vrai que la filière viticole est lourdement impactée depuis maintenant plusieurs années par ces effets d'annonce. C'est vrai que la filière viticole n'a pas envie d'être cette variable d'ajustement que Donald Trump a tendance à utiliser. Et c'est aussi une partie de la profession américaine là-bas qui en souffrirait. Les USA c'est le premier marché de consommation de vin au monde. Les vins français sont les vins les plus importants en termes d'importation pour les vins étrangers et pour les vins d'Alsace, c'est 170 domaines, c'est à dire quasiment un domaine sur quatre en Alsace, qui exportent aux Etats-Unis. Alors c'est vrai que pour nous c'est un marché très important. On va continuer à travailler de très près avec nos importateurs et puis surtout on élargit notre périmètre pour diminuer les risques à l'export. Donc c'est ce qu'on a fait l'an dernier en étant présent à l'exposition universelle d'Osaka au Japon. On continue à ouvrir de nouveaux marchés en Europe, en Pologne, en Espagne, en République Tchèque, etc. Bref, le monde est vaste et la chance qu'on a avec les vins d'Alsace c'est qu'on exporte dans 130 pays. Alors les Etats-Unis restent un pays important mais la Terre est vaste.
Parce qu'on le sait, en France notamment, les ventes de vin et de champagne sont en baisse. Donc c'est quoi l'idée, vous allez chercher les consommateurs ailleurs ?
C'est ça. Si on regarde ce que le marché du vin est capable d'absorber en termes de consommation, le marché français reste un marché très important sur la scène mondiale. Mais comme je vous le disais, les Etats-Unis sont le premier marché du vin au monde. Le Royaume-Uni est également un très gros marché. Les pays producteurs que sont l'Espagne, que sont l'Italie, sont également des pays importants. Et c'est vrai que les vignerons alsaciens sont encouragés, notamment par l'interprofession et par la réalité des faits, à aller valoriser leur production en Asie, au Canada et en Europe.
Aujourd'hui, comment il se porte ce marché du vin alsacien ? Est-ce que vous arrivez à le maintenir ou est-ce que les ventes sont en baisse ?
C'est sûr que l'Alsace ne fait pas figure d'exception sur le territoire. On résiste mieux que d'autres vignobles, notamment des vignobles du Sud-Ouest ou des vignobles qui sont plus avec un profil de vin rouge, parfois très tanique, plus alcoolisé. Donc les vins d'Alsace résistent. C'est sûr qu'on connaît néanmoins une crise qui est sans précédent en matière de déconsommation, en matière de distance entre le vin et les publics. Maintenant c'est notre travail, c'est le travail des vignerons, de faire perdurer l'amour entre les jeunes générations et le vin car il y a, c'est vrai, ce désamour croissant entre le vin et les jeunes générations, et c'est ce qu'on essaie de travailler.
Les vins d'Alsace bénéficient d'une certaine notoriété. En fin d'année dernière, le concours Effervescents du Monde 2025 a mis en avant ce savoir-faire alsacien. Il y a notamment eu un top 3 pour un crémant d'Alsace. Vous parliez tout à l'heure du Japon, vous avez représenté la France à l'Exposition universelle. Tout ça, j'imagine que ça sert à mettre en avant le savoir-faire alsacien ?
Absolument, et c'est vrai que vous avez raison de parler des crémants, des bulles, qui représentent une manne énorme pour le vignoble alsacien. C'est quasiment 40% de la production du vignoble alsacien qui se fait en bulles, qui se fait sur les crémants. Les crémants qui ont progressé de quasiment 20% sur les dix dernières années. Donc c'est très important pour nous. Les bulles alsaciennes font partie des bulles préférées des Français. Et c'est vrai que dans ce Concours Effervescent du Monde, qui est un concours organisé en Bourgogne, un crémant d'Alsace était dans le top 3. Cette année, en 2026, on va célébrer les 50 ans de l'appellation crémant d'Alsace, qui séduit toujours plus les consommateurs pour la finesse de ses bulles, pour la qualité des crémants d'Alsace, qui sont vraiment reconnus. Donc on a des arguments à faire valoir, notamment aussi le fait qu'on est certainement l'un des vignobles les plus vertueux de la planète, avec 36% de la production qui est en bio. Donc ce ne sont pas les arguments qui manquent, mais c'est vrai qu'il faut continuer à faire en sorte que les publics aient en tête la magie que représente le vin, notamment le vin d'Alsace.
L'alcool est à consommer avec modération.


